Assemblée plénière - Lourdes - 29 mars 2012 "DIACONIA 2013 SERVONS LA FRATERNITE" POINT D’ETAPE
- I - Objectifs recherchés
Le premier objectif de la démarche Diaconia 2013 est bien que les personnes en situation de fragilité et de précarité, qu’elles les subissent ou soient en train de les dépasser, soient davantage placées au cœur des communautés d’Eglise et donc au cœur de l’Eucharistie. Elles pourront ainsi apporter ce qui fait la richesse de leur vie, car personne n’est jamais trop pauvre pour n’avoir rien à donner. Elles pourront témoigner de leur expérience de Dieu et de leur vie spirituelle. Ce partage sera profitable à tous les membres de la communauté chrétienne, et pas seulement catholique, car le service des frères concerne tous les chrétiens : il est vraiment "œcuménique".
Le Père Joseph Wresinski, qui a tant agi pour que la place et la parole des plus pauvres soient réellement prises en considération, écrit : "Que contient la promesse de Dieu ? Pour tous les temps, elle est que tous les hommes seront reconnus comme ses enfants, qu’ils seront tous traités comme tels. Cela veut dire qu’aujourd’hui comme hier l’Eglise a reçu mission de rappeler aux hommes que les plus pauvres, les plus méprisés, ont le droit d’être traités avec dignité, en enfants de Dieu" (Droits de Dieu et Droits de l’Homme - Cahiers Wresinski n°8). Ou encore "Les très pauvres attendent une Eglise qui s’incarne profondément en milieu de misère. Le droit premier est le droit à la spiritualité : priver les pauvres de la possibilité d’aimer Dieu est l’injustice absolue".
Le second objectif propose aux catholiques de mieux vivre le partage dans la solidarité fraternelle comme une démarche de foi. Il s’agit d’une foi en acte et pas seulement de l’une de ses conséquences éthiques. Comme l’a rappelé avec force Benoit XVI dans sa première encyclique "Dieu est Amour" (31) : "Les personnes qui œuvrent dans les institutions caritatives de l’Eglise... en plus de la préparation professionnelle, doivent avoir aussi et surtout une " formation du cœur" : il convient de les conduire à la rencontre avec Dieu dans le Christ, qui suscite en eux l’amour et qui ouvre leur esprit à autrui, en sorte que leur amour du prochain ne soit plus imposé pour ainsi dire de l’extérieur, mais qu’il soit une conséquence découlant de leur foi qui devient agissante dans l’amour (Gal 5,6)." Ce service du frère n’est pas réservé à quelques spécialistes, si indispensables soient-ils. Tout baptisé, tant individuellement que dans des organismes, est appelé à le vivre, à le mettre en pratique. De même que tout baptisé est appelé, comme le rassemblement d’Ecclésia 2007 l’a montré avec force, à proposer la foi et annoncer le Christ. Il s’agit bien enfin pour l’Eglise catholique de montrer publiquement qu’elle est directement concernée par la transformation de notre société, au-delà de ses problèmes internes et cultuels dans lesquels certains courants de pensée voudraient la cantonner. Elle désire contribuer de toute son énergie à diminuer l’écart entre riches et pauvres, à favoriser le développement d’une réelle fraternité tant dans notre société française et européenne qu’au niveau du monde entier. Cette contribution de l’Eglise à l’amélioration des relations sociales est tout à fait compatible avec la laïcité de la République. Si l’Etat est laïc et doit l’être, la société civile en effet ne l’est pas. Pour favoriser la dignité de chaque personne et le bien commun, personne n’est à exclure. Pas plus les pauvres que l’Eglise... Pas plus l’Eglise que les pauvres ! Comme le précise le philosophe allemand Habermas : "Un état démocratique ne peut empêcher les croyants et les communautés religieuses de s’exprimer comme tels, aussi en politique, parce qu’il ne peut savoir si la société laïque ne se priverait pas dans le cas contraire d’importantes ressources de création du sens." (Cité par le cardinal Scola durant la première conférence du Carême 2012, à Notre-Dame de Paris). Concrètement la démarche "Diaconia" s’étend sur deux années : En 2011/2012 nous voulons approfondir la relation entre la Parole de Dieu et la diaconie. La pédagogie proposée est celle des récits qui permettent de constituer le "livre des précarités" et le "livre des merveilles". Divers outils ont été réalisés, dont un numéro spécial de "Prions en Eglise" avec quinze méditations évangéliques. En 2012/2013 nous chercherons à approfondir la relation entre la liturgie et la diaconie. La démarche culminera dans un rassemblement national à Lourdes durant le week-end de l’Ascension (9-10-11 mai 2013).
- II - TROIS évolutions en cours
- Nous sommes passés en fait de la préparation d’un
rassemblement semblable à Ecclésia 2007 à la proposition aux diocèses, mouvements et services d’une démarche qui prend son temps, échelonnée sur deux ans et permettant une maturation. Nous prenons en même temps conscience qu’il faudra un après-Lourdes : sous quelle forme ? La question pour l’instant est simplement posée. - Il y a un décalage entre la petitesse de l’initiative de départ
et l’intérêt manifesté actuellement dans les diocèses, mouvements et services. Le Conseil pour la solidarité est modeste : trois évêques, deux diacres et un secrétaire qui se réunissent quelques heures par trimestre avec quatorze organismes catholiques de solidarité (dont la Fondation Apprentis d’Auteuil qui vient d’y entrer). Aujourd’hui un dynamisme réel est à l’œuvre. Le numéro spécial de "Prions en Eglise" par exemple, tiré à 100.000 exemplaires se trouve déjà en rupture de stock ! La recollection prêchée début mars à Lourdes par le Père Cantalamessa a regroupé 154 acteurs diocésains et nationaux de Diaconia. La vie appelle la vie, le dynamisme appelle le dynamisme...
Pourquoi un tel intérêt ? Diaconia semble répondre à une attente. Un certain nombre d’acteurs de solidarité se rendent compte qu’un humanisme horizontaliste ne suffit pas. Ils désirent que leurs pratiques soient davantage fondées. Elles le sont dans la charité de la Trinité. Notre démarche en même temps profite de la fécondité de la première encyclique de Benoît XVI "Dieu est amour", ainsi que de l’important travail d’approfondissement théologique et spirituel réalisé par divers organismes, comme le Secours catholique avec ses colloques Jean Rodhain, le réseau St Laurent, ATD Quart Monde du temps du Père Joseph Wresinski, le SAPPEL à Lyon, etc... Dans le Conseil pour la solidarité et le comité de pilotage, nous sommes non pas débordés mais étonnés par un tel dynamisme qui nous surprend avec joie !
- Nous constatons enfin au fil des mois l’émergence de diaconies
diocésaines et/ou paroissiales. Certaines ont ouvert la voie : Toulon, Pontoise, Nanterre, Tulle, Paris et d’autres. Les conseils diocésains de la solidarité mis en place à partir de 1988 pour permettre la concertation entre les organismes ont atteint leur but. Il s’agit plutôt aujourd’hui de permettre aux personnes en situation de précarité de prendre davantage la parole et leur place dans nos communautés d’Eglise. Celles-ci en seront mieux évangélisées et évangélisatrices. La diaconie est un des éléments essentiels de toute évangélisation. Laissons-nous conduire par "la diaconie de l’Esprit’’, nous disait récemment le Père Cantalamessa.
+ Bernard HOUSSET Evêque de La Rochelle et Saintes
Président du Conseil pour la Solidarité
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