Avez-vous entendu le début de la seconde lecture (Col.3, 1-4) ? Paul affirme "Vous êtes ressuscités avec le Christ" Pourquoi ce présent, pourquoi pas un futur ? Que nous puissions ressusciter après notre mort, comme le Christ et grâce à Lui, c’est notre foi chrétienne, la foi de toujours. Mais comment comprendre que maintenant nous sommes ressuscités avec le Christ ? Est-ce aussi la foi de toujours ?
LE CHRIST EST VRAIMENT RESSUSCITE
Il nous faut partir de la Résurrection du Christ, attestée par quelques témoins auxquels il s’est manifesté. Pierre précise "qu’il ne s’est pas montré à tout le peuple". Car le Seigneur Jésus n’a pas voulu s’imposer en montrant à tous sa victoire sur la mort. Il se propose "seulement" à quelques personnes qui, durant sa vie terrestre, commençaient de croire en Lui : les apôtres, même s’ils l’ont abandonné et des disciples dont quelques femmes, ce qui est à souligner. Car, dans la loi juive de l’époque, elles n’étaient pas considérées comme des témoins crédibles.
Si des personnes se demandent si ces manifestations du Christ ne sont pas une hallucination de ses apôtres et de ses disciples, pour nous, chrétiens, elles sont un évènement réel, objectif, mais d’ordre spirituel, perçu par la foi.
Si beaucoup répètent "après tout, personne n’est revenu de chez les morts !", nous, chrétiens, croyons que le Christ est bien ressuscité. C’est-à-dire non pas retourné à notre forme de vie actuelle, mais passé à une vie nouvelle et définitive qui ne connait plus les souffrances et la mort. Le Christ Ressuscité est entré dans un monde nouveau transformé, transfiguré où son humanité n’est plus limitée par les contraintes et les conditionnements de l’espace et du temps.
On peut dire que cette Résurrection du Christ est une nouvelle mutation dans l’évolution de l’univers. Depuis des milliards d’années, de multiples sauts quantitatifs et qualitatifs ont permis l’émergence de la vie puis de l’humanité. La Résurrection du Christ est la plus forte, la plus grande mutation qui soit jamais advenue dans cette longue et lente progression, pour qu’elle débouche dans un monde où "Dieu sera tout en tous" (I Co, 15,28).
C’est le père Teilhard de Chardin, savant jésuite, qui nous a ouvert à de telles perspectives. Il est d’ailleurs mort un jour de Pâques, en 1955. Il écrit, par exemple : "Le Christ est Ressuscité : la Résurrection, nous cherchons beaucoup trop à la regarder comme un évènement apologétique et momentané, comme une petite revanche individuelle du Christ sur le tombeau. Elle est bien autre chose, et bien plus que cela. Elle est un formidable évènement cosmique. Elle marque la prise de possession effective, par le Christ, de ses fonctions de Centre Universel... d’un Univers dont l’immensité physique et spirituelle se révèle à nous de plus en plus vertigineuse." (Mon univers p.92). (Cité par Martelet dans "Teilhard de Chardin prophète d’un Christ toujours plus grand" Ed. Lessius).
NOUS COMMENCONS DE RESSUSCITER MAINTENANT
Mais revenons à notre question : "Comment sommes-nous ressuscités aujourd’hui avec le Christ ?" La vie nouvelle et définitive du Christ est communiquée par le Baptême et les autres sacrements, particulièrement l’Eucharistie. Elle permet donc à tous ceux et celles qui reçoivent ces sacrements de franchir à leur tour cette mutation, ce saut qualitatif dans leur existence. Elle ne se voit pas, mais elle est réelle.
Voilà pourquoi Paul écrit : "Votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu". Il n’empêche que la transformation d’une partie de nos vies a bien eu lieu et de manière irréversible. Notre vie simplement humaine, celle que nous avons reçue à notre conception est devenue la vie du Christ, à la fois humaine et divine, sa vie éternelle, sa vie christique.
Je disais une partie de nos vies. Car le Christ ne peut pas transformer, transfigurer, christifier ce qui lui est contraire, c’est-à-dire le péché, l’égoïsme, l’orgueil, la haine. Le péché, c’est ce qui, en nous et de notre part, s’oppose consciemment à Dieu. Mais le Christ peut transformer, transfigurer, christifier tout le reste, tout ce que nous faisons et tout ce que nous décidons pour nous construire et construire notre société dans le sens de l’Evangile. Tout ce que nous recherchons pour davantage de vérité, de partage, de justice, de générosité, d’ouverture aux autres, d’humanisation authentique, tout cela reçoit du Christ sa dimension d’éternité.
En famille ou dans notre vie célibataire, dans notre profession ou notre recherche de travail, dans notre ministère de diacre, de prêtre ou d’évêque, dans nos loisirs, dans le bien le plus banal ou les grandes décisions qui engagent notre existence, le Christ Ressuscité nous rejoint et nous communique sa Vie définitive dès maintenant. Nous ne pouvons pas savoir avec précision ce qui en nous est déjà ressuscité avec le Christ. Car rien n’est parfaitement bon ou mauvais, rien en nous ne peut être vraiment évangélique. Il n’empêche que Paul a raison : nous commençons de ressusciter chaque jour.
Soyons aussi persuadés que cette affirmation de notre foi concerne non seulement les chrétiens mais aussi tous les humains. D’une manière que seul l’Esprit-Saint connait, ils bénéficient de la vitalité du Christ Ressuscité. Ils en prendront conscience après leur mort. Frères et sœurs, la Résurrection nous ouvre des perspectives magnifiques. Apprécions à sa juste valeur le bonheur d’être chrétien. Dans nos difficultés et épreuves personnelles, face aux peurs et aux angoisses de notre société, continuons de vivre dans la joie de notre foi. "Personne ne pourra nous l’enlever" (Jean 16,22).
Amen
+ Bernard Housset Evêque de La Rochelle et Saintes