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Paroles de notre eveque

Homélie de Pâques 2012

Nous fêtons la Résurrection du Christ, cœur de notre foi.
Si le Christ, en effet, n’était pas ressuscité, il ne servirait à rien
d’être chrétien.

Mais, au juste, que signifie l’expression "J’attends la résurrection
des morts" que nous proclamons dans le Credo ?

Depuis bientôt 2000 ans, on a beaucoup réfléchi à cette importante
et décisive question. Des théologiens et des mystiques ont médité
la Parole de Dieu à la lumière de l’Esprit et ont apporté
des éléments de réponse.

Que pouvons-nous rapidement en dire aujourd’hui ?

 

I - QU’EST-CE-QUE RESSUSCITER ?

Ressusciter, c’est passer à une forme de vie nouvelle, c’est être
transformé, transfiguré. Quelques comparaisons, empruntées au
monde végétal ou animal, peuvent nous faire entrevoir ce dont
il s’agit. C’est le gland qui, jeté en terre, devient un splendide chêne.
C’est la chenille qui devient papillon. Quelles différences entre
le gland et le chêne, entre la chenille et le papillon !
Pourtant, c’est toujours le même être, mais il est passé d’une forme
à une autre, d’un état de vie à un autre état de vie.

Ainsi, selon notre foi chrétienne, toute personne humaine passe
par trois formes de vie : celle des neufs premiers mois de
son existence, celle de la vie actuelle, enfin celle de la vie définitive
au-delà de la mort biologique. Telle est aujourd’hui l’existence
du Christ, dont l’humanité corporelle a été transfigurée pour toujours
au matin de Pâques. Il a dépassé les limites de son corps simplement
terrestre. Ainsi peut-il pénétrer dans une pièce, sans être obligé de
passer par la porte, pour se montrer à ses apôtres incrédules.
Et grâce à Lui, nous passerons à cette nouvelle forme de vie,
nous serons ressuscités.

On aura compris que la résurrection n’est pas une ré-animation,
le retour à la forme de vie actuelle. Elle n’est pas non plus et encore
moins une ré-incarnation dans un autre être vivant, qu’il s’agisse
d’une plante, d’un animal ou d’un autre être. Ma dignité s’y oppose.
Tout être humain est unique et ne peut accepter de devenir un autre.
Il aspire à être pleinement lui-même, pleinement humanisé.

 

II - DIGNITE DE TOUTE PERSONNE HUMAINE

Je viens de parler de la dignité humaine. Ce qui est fondamental
en effet dans l’itinéraire du Christ, c’est par ses paroles et ses actes,
l’affirmation de la dignité de toute personne humaine. 
C’est une des convictions essentielles de notre foi chrétienne que
l’Eglise tient et maintient, coûte que coûte.

Notre univers est gigantesque, nous commençons à peine de
connaitre son immensité dans le temps et l’espace avec ses milliards
d’années-lumière. Dans un tel univers, notre planète Terre est
bien petite. Et sur cette planète, chaque être humain pourrait être
perçu comme quantité négligeable ou insignifiante.
Il n’est qu’un modeste roseau, mais pensant et aimant.
Il a une dignité infinie parce que, tout en étant procréé par son père
et sa mère, il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Et Celui-ci l’appelle à vivre toujours en partageant son amour et
son bonheur avec l’humanité entière.

Si tout être humain a une dignité inaliénable, dès sa conception,
comment pourrait-il disparaitre à jamais ? Non, bien au contraire.
De même qu’il est passé du sein de sa mère à la vie actuelle,
de même passera-t-il de la forme de vie actuelle à la transformation
de ressuscité. Voilà pourquoi l’anthropologie chrétienne affirme, sans
hésitation, la grandeur de tout être humain appelé à voir Dieu face
à face et à être ainsi pleinement lui-même.

Chaque forme de vie prépare la suivante. La vie actuelle nous est
offerte pour que Dieu puisse avec nous construire notre personnalité
éternelle. Car Il ne fait rien en nous sans nous.
Il ne veut pas nous octroyer notre vie de ressuscité, sans que
nous puissions y contribuer en prenant nos responsabilités.

 

III - CE QUI VA RESSUSCITER

Alors, quelle est la part de nous-mêmes qui va être définitivement
transformée ? Qu’est-ce qui, dans chacune de nos décisions et
de nos actions, pourra ressusciter ?
C’est ce qui correspond aux valeurs évangéliques.
Nous ne pouvons pas le savoir avec exactitude.
Car les sciences humaines nous ont appris qu’aucun de nos actes
n’est pleinement bon ou mauvais, tout blanc ou tout noir.
L’égoïsme et le péché se glissent partout. Nous pouvons simplement
être sûrs que Dieu prend dans chacune de nos vies tout ce qu’Il peut
prendre d’évangélique et, après l’avoir purifié, lui donne sa dimension
d’éternité. Même si nous ne pouvons pas encore nous la représenter.

Permettez-moi un souvenir personnel qui m’a fait prendre conscience
de cette transfiguration magnifique à laquelle nous sommes appelés.
Je randonnais seul dans une montagne des Pyrénées, les Arrhes
du pic d’Anie. Tout d’un coup, j’entends de la musique et je reconnais
un superbe concerto de Mozart. Deux jeunes arrivent, avec l’un
des premiers magnétophones portables dans leur sac à dos.
J’ai alors pris conscience de l’évolution naturelle et surnaturelle qui
est en cours dans nos existences.

Les géologues datent le début de cette région désertique des Pyrénées
d’environ 300.000 millions d’années. S’il y avait eu, à l’époque,
un être humain, aurait-il pu imaginer l’émergence d’un génie
comme Mozart ? Mozart lui-même aurait-il pu pressentir que,
200 ans après sa mort, ses œuvres seraient entendues partout dans
le monde et pas seulement à Salzbourg ?
Si, donc, l’évolution de l’univers et de l’humanité est déjà parvenue à
un tel stade, à quel niveau d’existence Dieu n’est-Il pas capable
de nous élever ?

Comme le dit l’apôtre Paul, "L‘œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu
ce que Dieu prépare pour ceux qui l’aiment" (I Cor 2,9).
Et nous pouvons espérer que personne ne refusera ce bonheur
magnifique de la Résurrection.

En fêtant le Christ Ressuscité, nous ne nous berçons pas d’une douce
illusion, nous célébrons avec assurance notre avenir.

Amen.

 

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes


 

Homélie du jeudi saint de la Messe
Cathédrale de La Rochelle - 5 avril 2012

En célébrant cette messe en mémoire de la Cène du Seigneur,
nous commémorons trois évènements : le Lavement des pieds,
l’Institution de l’Eucharistie, l’Institution du Sacerdoce.

 

LAVEMENT DES PIEDS

Le Christ accomplit ce geste de manière éminemment symbolique.
Nous savons qu’il était réservé aux serviteurs et aux esclaves.
Et nous comprenons la réaction primaire et primesautière de Pierre
qui manifeste son étonnement devant l’attitude du Christ.
Pourtant il l’avait entendu dire : "Les chefs des nations les tiennent
sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. Il ne doit pas en être
ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu’un veut être grand parmi vous,
qu’il soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier parmi vous,
qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu,
non pour être servi, mais pour servir"
(Mat. 20, 25-28).
Jésus avait tenu ces propos après que la mère des fils de Zébédée
lui ait demandé, pour ses deux enfants, que l’un siège à sa droite
et l’autre à sa gauche.
Lors de la messe célébrée aux JMJ de Compostelle, le pape, en
commentant ce passage évangélique, avait eu cette formule que
je ne peux pas oublier : "Servir, c’est grandir".

Jésus se donne jusqu’au bout. Il se livre à ses apôtres en leur disant
de faire de même. Non pas à se laver les pieds littéralement, comme
nous venons de le faire. Mais à se rendre service, à se soutenir,
à partager, à être attentif les uns aux autres pour que chacun puisse
grandir et donner le meilleur de lui-même.
Il faut aussi ajouter que Jésus révèle son identité la plus profonde : 
"Vous m’appelez Maitre et Seigneur. Vous avez raison car je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maitre, je vous ai lavé les pieds, vous aussi
vous devez vous servir les uns les autres".
Le Seigneur est donc, dans son identité la plus essentielle, Serviteur.
Non pas de manière passagère, mais de manière permanente.
Il y a là toute une conversion que nous n’avons jamais encore fini
d’assurer pour passer de l’idée d’un Dieu dominateur à la réalité
d’un Dieu Serviteur. D’un Dieu qui se livre, qui est Livraison de soi,
Don et Accueil, Pure Gratuité pour le bien des autres.

Voilà pourquoi notre démarche diocésaine comprend le chantier
DIACONIA 2013 SERVONS LA FRATERNITE. Ce n’est pas simplement
une démarche morale, c’est une démarche de foi.
En partageant, en nous occupant des autres, en nous donnant à eux et
en les accueillant, spécialement les plus pauvres, nous sommes au cœur
du message évangélique, au cœur de notre foi, au cœur de Dieu.
Car, comme le disait Saint Augustin, "Lorsque tu vis la charité, tu vois Dieu".

 

INSTITUTION DE L’EUCHARISTIE

Jésus va offrir sa vie en assumant ses souffrances, en répondant par
le respect aux violences qui lui sont infligées. Il va révéler ainsi l’amour
éternel et gratuit de Dieu. Il commence par offrir sa vie par anticipation
puisqu’Il prend du pain, le présente à ses disciples en leur disant :
"Ceci est mon Corps qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi".
A noter que cette deuxième lecture constitue le texte le plus ancien sur
l’institution de l’Eucharistie. L’Epitre aux Corinthiens a en effet été écrite
20 ans environ après la Cène, vers l’an 50-51.

Si Jésus offre sa vie par anticipation, Il annonce aussi sa Résurrection.
A quoi bon en effet annoncer un signe de présence si l’on est mort ?
L’Eucharistie, jusqu’à la fin des temps, est le signe visible de la présence
invisible du Seigneur Ressuscité. Voilà pourquoi l’Eucharistie est
le sacrement central de la vie de l’Eglise.

Nous sommes ici au cœur de l’itinéraire du Christ, au point culminant de
sa mission. C’est le noyau central qui nous est présenté.
C’est le sens le plus profond du mystère Pascal.
Si Jésus n’avait pas offert librement son Corps et son Sang par anticipation,
les évènements dramatiques du Vendredi Saint auraient risqué de n’être
que morbides. Nous n’aurions peut-être pas perçu en eux le don total
et définitif que Jésus fait de sa vie. Nous n’aurions pas compris le sens
le plus profond de la Passion et de la mort du Christ.
La célébration de l’Eucharistie nous le rappelle en permanence.

 

INSTITUTION DU SACERDOCE

La phrase "Faites cela en mémoire de moi" est, elle aussi, essentielle.
L’Eglise catholique, depuis 2.000 ans, y voit l’institution du Sacerdoce
ministériel pour les prêtres et les évêques.
Les diacres, eux, étant ordonnés pour le service et nous rappelant en
permanence que le Seigneur Jésus Christ est fondamentalement Serviteur.

Si tous les baptisés sont membres du Corps du Christ, quelques uns sont
chargés de rendre présent le Christ-Tête.
Ce sont les prêtres et les évêques. Le sacrement de l’Ordre leur confie
leur charge pastorale en les appelant à imiter le Christ dans le don
total de sa vie.

Certes, tous les baptisés sont appelés à se donner dans leur vie de famille,
leur profession, leur vie associative, leurs loisirs.
Les prêtres et les évêques, eux, se donnent directement à l’animation
et à la mission du Corps du Christ qu’est l’Eglise.
Voilà pourquoi les prêtres sont et seront toujours indispensables
dans l’Eglise telle que le Christ l’a voulue et continue de la vouloir.

Nous nous réjouissons - c’est un fruit du Concile Vatican II - du nombre
grandissant de baptisés, hommes et femmes, enfants, jeunes et adultes,
qui prennent leur part dans l’animation et la mission de l’Eglise.
Ils reprennent leur place de chrétiens laïcs et de chrétiens consacrés.
Mais ils ne remplacent pas les prêtres. Plus il y aura de laïcs responsables,
plus il sera nécessaire que des prêtres soient à leur service pour permettre
au Christ de continuer à bâtir son Eglise, pour que celle-ci avance
vers sa Plénitude.

Les prêtres, entre autres éléments, sont les témoins de la gratuité de Dieu.
D’un Dieu qui s’est donné et qui se donne jusqu’au bout, d’un Dieu qui
nous montre que le secret d’une vie réussie, c’est une vie qui se donne
et qui accueille. Dans une société qui s’est beaucoup marchandisée,
un tel témoignage est plus que jamais nécessaire.
Même dans les pratiques économiques, la gratuité et le don de soi ont
leur place, précise Benoit XVI dans sa dernière encyclique 
"l’Amour dans la Vérité".

Priez donc pour nous, frères et sœurs, que nous soyons dignes de
cet appel de Dieu et de cette gratuité totale à laquelle Il nous invite.
L’une des phrases de la Préface de la messe chrismale, que j’ai
concélébrée avec tous les prêtres du diocèse lundi dernier à
la cathédrale de Saintes, affirme que les prêtres et les évêques 
"seront de vrais témoins de la foi et de la charité, prêts à donner leur vie
comme le Christ pour leurs frères et pour toi, Père très saint
."
Puissions-nous avancer dans ce sens

Amen.

  

+Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes



Dossier sur Pâques


Les catholiques célébreront cette année
la grande fête de Pâques le 8 avril 2012




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