Messe de la confrérie des Talmeliers
Cathédrale Saint Louis de La Rochelle
5ème dimanche de Pâques 10 mai 2009
Frères et sœurs dans le Seigneur,
L’Evangile vient de nous parler de la vigne.
Car le Christ veut nous unir à Lui comme les sarments sont unis au cep.
Cette union, Il la réalise particulièrement par l’Eucharistie.
"Demeurez en moi, comme moi en vous"
(Jn 15,1-8, évangile de ce dimanche).
Puisque cette messe a été demandée par la confrérie des Talmeliers,
qui a invité de nombreuses autres confréries dont plusieurs de vignerons,
je vais donc vous parler de l’Eucharistie à partir de trois questions.
Pourquoi le Christ a-t-il choisi du pain ? Je ne parlerai que du pain
pour ne pas trop allonger mon homélie.
Mais vous pourrez poursuivre vos réflexions concernant le vin.
Pourquoi n’a-t-il pas choisi une fleur, ou un caillou ?
Il a choisi du pain parce que cela se mange.
Et le Christ veut être notre nourriture éternelle.
Profondément, il veut nous assimiler à lui, comme nous assimilons le pain.
Pourquoi n’a-t-il pas pris un poisson ? C’est que le pain, au moins dans
nos sociétés occidentales, et tant qu’il est l’alimentation de base,
est un symbole de la vie humaine. Un proverbe bien connu nous dit :
"gagner son pain pour gagner sa vie".
Comment le pain est-il symbole de la vie humaine ?
C’est qu’il est le résultat d’une série de transformations humaines,
depuis le travail de la terre par l’agriculteur avec le labourage,
puis les semailles et la moisson du blé jusqu’à la transformation du blé
en farine que l’on tamise. Puis, grâce à vous, Mesdames et Messieurs
de la confrérie des boulangers, la farine est transformée en pain.
Nombreuses et multiples transformations ! L’on peut dire qu’avec
l’interdépendance du monde actuel qui se mondialise, beaucoup
d’hommes et de femmes de divers pays du monde ont contribué
à ce qu’un petit grain de blé devienne un morceau de pain sur l’autel.
Bref, le Christ a choisi le pain, non seulement parce qu’il se mange et
s’assimile, mais aussi en raison de sa forte connotation symbolique
de toute la vie humaine, des grandes transformations de
l’existence humaine.
Le pain est-il remplacé par le Corps du Christ ou bien
devient-il le Corps du Christ ?
Nous qui sommes chrétiens, nous aurions tendance à répondre
spontanément : puisque ce n’est plus du pain, c’est le Christ qui
remplace le pain. Eh bien non ! Le pain n’est pas remplacé par
le Christ mais il devient corps du Christ.
Si le Christ prenait la place du pain, c’est comme s’il lui disait :
"ôte toi de là que je m’y mette. Ce que tu représentes ne
compte pas pour moi" ! C’est le contraire qui est vrai.
Le pain n’est pas remplacé, il est transformé en Corps du Christ
grâce à la transformation réalisée par la Prière Eucharistique.
C’est la dernière des transformations du grain de blé.
Nous avons peine à l’imaginer ! Nous le croyons dans la foi
de l’Eglise, cette foi de toujours depuis bientôt 2.000 ans.
Cette transformation, comprenons-le bien, est encore plus réelle
que les précédentes puisqu’elle est éternelle et définitive.
Le pain ne peut plus redevenir de la farine, pas plus que la farine
ne peut plus redevenir du blé.
Le pain est devenu de manière irréversible le Corps du Christ.
Dans un instant, je dirai, lorsque vous aurez apporté les offrandes
des différentes confréries : "Tu es béni, Dieu de l’univers,
toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail
des hommes : nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie".
Le verbe "devenir" (et non pas "remplacer") est utilisé dans
toutes les prières eucharistiques, au moment de la consécration.
Vous voyez bien la différence. Vous entendrez ma prière juste
avant la consécration : "Que ce même Esprit Saint, Seigneur, sanctifie
ces offrandes pour qu’elles deviennent le Corps et le Sang de Ton Fils."
Est-ce le pain seulement qui devient le corps du Christ ?
Ce n’est pas simplement un petit morceau de pain qui devient
le Corps du Christ. Mais c’est une partie de nos vies qui ont permis
que ce morceau de pain soit apporté sur l’autel.
A partir de quoi voulez-vous que le Christ construise son Corps,
transforme le pain en son Corps, sinon à partir de tout ce qu’il peut
prendre dans nos vies de baptisés et, par notre intermédiaire,
dans la vie de notre société ? Nous ne savons pas ce que le Christ
prend de notre vie pour l’ « eucharistier », le transformer en son Corps.
Nous ne le savons pas, car nous sommes marqués par le péché,
par l’égoïsme. Mais le Corps du Christ grandit avec les parcelles
d’amour, de vérité, de justice, de partage, qui se trouvent
dans nos existences.
Le Christ construit son corps de Ressuscité avec ce qu’il prend
dans nos vies.
D’abord dans la vie associative de vos confréries. Vous m’avez dit,
Monsieur le Président, que vous essayez de développer des relations
humaines entre vous. Vous avez ce sens de l’élargissement
à travers la France entière.
… Dans votre amour entre époux, entre enfants, parents, grands-parents.
Dans toutes les relations d’affection familiale, et dans le dévouement
de l’éducation.
… Dans le sens que vous donnez à votre célibat, vous qui ne vous êtes pas
mariés et qui trouvez une fécondité différente de celle des époux.
… Dans votre vie professionnelle pour ceux qui ont la chance d’en avoir une.
Dans la recherche d’un emploi pour ceux qui en sont privés et
qui souffrent du chômage.
… Dans la recherche de davantage de justice, dans les multiples formes
de la vie associative qui essaient de développer des relations
plus humaines, dans l’amitié des loisirs, des vacances.
… Dans tout ce qui fait progresser la paix, le respect, la fraternité.
Tout ce qui peut nous humaniser et humaniser le monde
dans le sens de l’Evangile.
… Même dans nos épreuves et nos échecs, nos limites et nos passivités
lorsque nous les vivons dans l’union au Christ.
…Le Christ construit aussi son Corps de Ressuscité à travers
nos ministères de diacres, de prêtres, d’évêques.
Nous avons reçu le sacrement de l’ordre et essayons
de rendre visible le Christ vivant invisible.
Je suis prêtre depuis plus de quarante ans, et ma joie c’est la célébration
de l’Eucharistie chaque jour. C’est le moteur de ma journée.
Je crois que, par moi, le Christ construit quelque chose de définitif.
Oui, frères et sœurs, le Christ construit son Corps en nous et par nous.
Quelque chose de nous devient dès maintenant le Corps du Christ
de manière définitive. Et puisque le Christ est ressuscité pour toujours,
son Corps ne peut pas disparaitre. Jour après jour, le Christ construit
nos personnalités éternelles.
Amen
+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes