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Regard sur

Refus de la misère

Refuser l’insignifiance

Le 17 octobre était commémoré la 25e journée du refus de la misère,
et je regrette que cette manifestation n’ait pas connu l’ampleur
qu’elle méritait. Aurions-nous peur de prendre la mesure de
la montée inexorable des précarités ? Est-il acceptable qu’une mère
enceinte de 6 mois et ses deux enfants de 4 ans et 20 mois soient
condamnés à la rue ? Est-il tolérable qu’aucune porte ne se soit
ouverte alors que la Nation a fait du droit au logement un droit
opposable ? Cette famille, mise à l’abri dans une approche caritative,
n’a connu jusque-là qu’indifférence et refus.
Souvenons-nous de l’engagement du père Joseph Wresinski à
l’origine de cette journée du 17 octobre : la misère, disait-il,
n’est pas faite pour être soulagée mais éradiquée.
Que de promesses entendues dans des programmes politiques
de toute sensibilité, restées sans lendemain !

Pourquoi cette misère nous résiste-t-elle ?
Ne serait-ce pas parce que nous refusons d’entrer en résistance
pour nous contenter d’un palliatif social dénoncé avec force par
le docteur Xavier Emmanuelli au cours de l’été ?
L’urgence est de parvenir à la guérison des maux que sont
indifférence, individualisme, refus de l’autre, de l’étranger et
de l’étrange. Une société qui privilégie l’entre-soi porte les traces
de sa rigidité et de son vieillissement jusqu’à ne plus savoir
accueillir la vie.

Refuser la misère, c’est dire non à une politique de l’endettement
qui fait que les plus pauvres sont les premiers sacrifiés pour
effacer la dette que nous avons à leur égard au nom même
du devoir d’assistance. Refuser la misère, c’est s’éloigner de
ce paraître clinquant et de ces fausses lumières qui aveuglent
pour tenter de mettre dans l’ombre les drames, espérant
qu’ils se joueront à guichets fermés.
Or, cette misère n’est plus contenue.

Refuser la misère c’est entrer en résistance, celle-là même qui
suscite l’indignation. Seulement, oserons-nous cette mobilisation
pour que la cause du refus du mal-logement devienne enfin
une cause nationale ? Cette vigilance à la cohésion sociale
offrirait un programme commun, celui d’être des bâtisseurs
de liens. Qui refusera ?

Des solutions existent ; elles naissent de la volonté politique
mais aussi d’une conscience renouvelée de la citoyenneté.
A malmener et même mépriser les valeurs de la République,
notre société s’abîme en consentant aux abîmes.
Que de recours contre les permis de construire pour refuser
la présence de ceux que la vie fragilise ; renvoyés alors dans
un ailleurs qui enfle, avec des quartiers qui grondent et d’autres
qui se taisent, nous assistons à des dénis de justice sans
qu’ils nous interrogent. Si le refus de l’autre est plus prégnant
que nous le croyons, nous savons dans les situations de crise
nous mobiliser pour retrouver unité et même fraternité.
La préparation à la présidentielle ouvrira-t-elle une réflexion
accompagnée d’un consentement à l’effort pour refuser
les situations déshumanisantes ?



Sources :


Libération




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